Accepter une tâche supplémentaire alors que l’on manque déjà de temps. Rendre un service que l’on n’avait pas vraiment envie de rendre. Ne pas exprimer son désaccord pour éviter de déplaire.

Nous avons probablement tous déjà dit « oui » alors que nous pensions « non ».

Dire non paraît pourtant simple. Deux ou trois lettres selon la manière de le formuler. Mais dans certaines situations professionnelles, ce petit mot peut devenir étonnamment difficile à prononcer.

Pourquoi avons-nous tendance à dire oui ?

Les raisons peuvent être nombreuses.

On veut rendre service. Ne pas décevoir. Montrer que l’on est disponible. Éviter une tension. Donner une bonne image de soi.

Parfois, on pense simplement que l’on devrait accepter.

Un collègue nous demande de reprendre un dossier alors que notre journée est déjà bien remplie. Notre manager ajoute une nouvelle priorité. Quelqu’un sollicite notre aide pour la troisième fois de la semaine.

Et presque automatiquement, nous répondons :

« Oui, pas de problème. »

Le problème, justement, c’est qu’il y en a parfois un.

On raccroche ou on retourne à son bureau avec cette petite pensée :

« Pourquoi ai-je encore accepté ? »

Ce que nous craignons derrière le « non »

Ce qui rend le refus difficile n’est souvent pas le refus lui-même.

C’est ce que nous imaginons qu’il pourrait provoquer.

Va-t-on me trouver égoïste ? Pas assez impliqué ? Peu serviable ? Est-ce que je vais décevoir cette personne ? Est-ce que cela risque de créer une tension ?

Nous anticipons parfois la réaction de l’autre avant même de lui avoir laissé la possibilité de réagir.

Et plus la personne compte pour nous, ou plus elle occupe une position importante dans notre environnement professionnel, plus cela peut devenir difficile.

Il est évidemment plus simple de refuser certaines demandes que d’autres.

Mais à force de chercher systématiquement à éviter l’inconfort du « non », on peut finir par créer un autre inconfort : celui de ne plus vraiment respecter ses propres limites.

Dire oui a aussi un coût

Un oui n’est jamais complètement neutre.

Dire oui à une nouvelle tâche, c’est parfois dire non au temps que l’on avait prévu pour autre chose.

Dire oui à une urgence supplémentaire, c’est peut-être repousser une priorité.

Dire oui systématiquement aux autres, c’est aussi parfois renoncer à ce dont nous avons nous-mêmes besoin.

Cela ne signifie évidemment pas qu’il faudrait commencer à refuser toutes les sollicitations.

L’entraide, la disponibilité et la souplesse font partie de la vie professionnelle.

Mais il peut être intéressant de se demander, de temps en temps :

« Si j’accepte, à quoi suis-je en train de renoncer ? »

Cette question permet parfois de regarder la demande autrement.

Dire non ne signifie pas rejeter l’autre

C’est probablement une distinction importante.

Nous pouvons refuser une demande sans rejeter la personne qui nous la fait.

Il y a une différence entre :

« Non, je n’ai pas le temps. »

et :

« Je voudrais pouvoir t’aider, mais je ne pourrai pas le faire aujourd’hui sans repousser ce que j’ai déjà prévu. »

Le fond de la réponse est identique.

Mais dans le deuxième cas, on explique simplement sa réalité.

On peut également proposer une alternative :

« Je ne peux pas aujourd’hui, mais je peux regarder avec toi demain matin. »

Ou demander à arbitrer :

« Je peux prendre ce sujet, mais dans ce cas je devrai décaler celui-ci. Lequel est prioritaire ? »

S’affirmer ne consiste pas nécessairement à devenir plus dur ou plus catégorique.

C’est aussi apprendre à exprimer clairement ce qui est possible pour soi et ce qui ne l’est pas.

Faut-il toujours se justifier ?

Non.

Et c’est parfois là que les choses se compliquent.

Lorsque nous ne sommes pas très à l’aise avec un refus, nous pouvons être tentés de beaucoup l’expliquer.

Nous nous justifions. Nous ajoutons des détails. Nous cherchons presque à convaincre l’autre que nous avons une bonne raison de dire non.

Or une réponse simple peut parfaitement suffire.

« Je ne pourrai pas être disponible ce jour-là. »

Point.

Plus nous cherchons à démontrer que notre refus est légitime, plus nous pouvons donner l’impression – y compris à nous-mêmes – qu’il devrait être exceptionnel.

Toutes les situations ne nécessitent évidemment pas la même réponse. Refuser une demande de son manager n’est pas exactement la même chose que décliner une invitation à déjeuner.

Mais dans les deux cas, il est possible d’être à la fois clair et respectueux.

Commencer par de petits « non »

Si dire non est particulièrement difficile pour vous, inutile de commencer par la situation qui vous met le plus mal à l’aise.

L’affirmation de soi se construit aussi dans des situations très ordinaires.

Exprimer une préférence.

Dire que l’on n’est pas disponible.

Demander un délai.

Ne pas accepter immédiatement une sollicitation.

Ou simplement remplacer le « oui » automatique par :

« Laisse-moi regarder et je te réponds. »

Cette petite phrase peut déjà changer beaucoup de choses.

Elle introduit un espace entre la demande de l’autre et votre réponse.

Et dans cet espace, vous pouvez vous poser une question toute simple :

« Est-ce que j’ai réellement envie – ou la possibilité – de dire oui ? »

En conclusion

S’affirmer ne signifie pas imposer ses choix aux autres.

Il s’agit plutôt de parvenir à prendre sa propre place dans la relation : écouter la demande de l’autre, mais aussi écouter ce qui est possible pour soi.

Parfois, cela conduit à dire oui.

Parfois, à proposer autre chose.

Et parfois, simplement, à dire non.

La confiance en soi ne consiste peut-être pas à ne plus avoir peur de déplaire.

Elle consiste aussi à accepter que respecter ses propres limites peut parfois déplaire… sans que cela remette en cause la relation.